• 04 Sur le chemin de l'école

       A l'age de six ans, il a fallu prendre le chemin de l'école. Quatre km en prenant les sentiers à travers champs, six km par la route. Au début le chemin était bien long, Simon, en grand frère responsable n'hésitait pas à me tirer par les bras, mais très vite sur le parcours je rencontrais mes nouveaux amis, enfin ceux de Simon car cette année là, il n'y avait pas d'autres enfants de six ans, au Poujet.

      J'étais très timide mais les filles F......., beaucoup plus délurées, m'entraînaient dans leurs jeux. Jouer avec des filles, c’était nouveau pour moi. Chez F........ il y avait huit enfants dont quatre filles; les aînés étaient partis, je n’ai connu que René, Jeannette, Rosette et Laurette.

     Laurette, deux ans de plus que moi, je l'a retrouvée de nombreuses années plus tard. Elle était très populaire et ne manquait pas d’imagination pour faire toutes les bêtises possibles.

       Rosette, un an de plus que Laurette, a épousé un voisin, Raymond L..........., de treize ans son aîné. Elle se sentait supérieure, elle ne nous parlait plus. Jeannette s’intéressait à tous les garçons, jouait à tous les jeux, n’avait peur de rien; Elle sifflait comme un rossignol, on savait ainsi où elle se trouvait. Tous les garçons s’occupaient d’elle mais elle était très futée et les faisait « tourner en bourriques » 

      Simon allait faire des concours de fronde ou autre, avec ses copains, moi, j’allais chez F......... Le matin je me dépêchais et maintes fois j’ai assisté au rituel du petit déjeuner du père F.......... Il s’asseyait en bout de table, il ne fallait plus faire de bruit, sa femme lui servait un verre à vin plein d’eau de vie de prune, appelée la goutte, faite maison, une tranche de pain qu’il découpait soigneusement en bâtonnets, il les trempait un à un dans son verre et les dégustait avec un plaisir évident. Mon père faisait la même chose avec vin à huit° et encore il ajoutait de l’eau et du sucre; ça s’appelait la « tsaoutsollo ». Chacun sait qu’à cette époque, les paysans avaient le droit de faire leur eau de vie, elle était beaucoup plus forte que les alcools actuellement autorisés.
     La dernière goutte achevée, père F......... claquait son opinel et partait travailler. J’étais perplexe, je m’attendais à ce qu’il tombe, mais non, il sortait droit comme un I.
     
    A diverses occasions j’avais vu des hommes qui, après quelques petits verres de gouttes, marchaient de travers et s’écroulaient dans les fossés. Mais Mr F......... buvait comme un trou et n’était jamais ivre.

     Il n’empêche qu’il a été le premier de tous les hameaux environnants à acheter un énorme appareil qui s’appelait TÉLÉVISION.
     D’un seul coup, tout le voisinage avait un irrésistible besoin de passer le saluer. Moi la première, j’étais immensément fière d’avoir une amie qui avait la télévision. C’était en 1959. 

      Chez moi, il y avait un poste de radio appelé TSF avec un immense ressort servant d’antenne, il tenait toute la longueur de la cuisine.
       Mes parents écoutaient les informations et, le soir, il y avait une petite émission de variété nommée et présentée par « La Catinou et le Jacquouti », ma mère riait des jeux de mots et mon père entonnait les chansons. C’était tout ce que je savais comme chansons car ils éteignaient bien vite pour « ne pas brûler de l’électricité » inutilement.

     Aussi Laurette s’est fait un devoir de m’instruire sur les chansons à la mode et dans le pré, derrière les écuries, elle m’a appris à danser.
     Ce n’était pas si simple: ayant appris à marcher très tard, je n’étais pas très dégourdie des jambes... elle s’énervait et disait: «-tu es pire qu’un sac de patates! . Enfin, peu à peu, le sac de patates à fait quelques progrès. Et j’ai bien profité de ses leçons, car pendant quelques années, avec Simon, nous avons fréquenté les bals des environs, je n’étais pas la dernière sur la piste... twist, tchatcha, passo, valse, et autres. 

      A l'école, régnait une grande discipline. L'instituteur, Mr Coste était seul pour jusqu'à cinquante deux élèves avec toutes les classes de primaire plus trois classes de fin d'études pour les élèves de douze à quatorze ans; Quatorze ans était l'age minimum obligatoire. Ainsi, avec cinquante deux élèves répartis en huit classes, Mr Coste avait un travail énorme et pour préparer et corriger le tout, il devait travailler beaucoup plus de quarante heures par semaine.

     Il se faisait assister de sa femme pour surveiller les récréations, car très consciencieux, il profitait des récrés pour aider quelques élèves qui n'avaient pas bien compris ou surveiller ceux qui étaient punis. Car pour tenir tout ce petit monde, il était très sévère. Pleuvaient toutes sortes de punitions: -derrière le tableau -à genou derrière le tableau -les mains levées derrière le tableau... toutes sortes d'exercices suivant la faiblesse de l'élève, mais surtout des lignes: cinquante, cent, cinq cent et même mille lignes: oui, oui, je dis bien mille lignes. Il faut presque l'année pour finir une telle punition. C'était très rare mais il ne cédait pas et chaque semaine il fallait faire signer par les parents et par lui-même. Quelque fois, il annulait la fin mais pas avant d'avoir fait 70 ou 80% du travail. Pour ma part, ma plus grande punition a été: A toujours, je mettrais toujours un s. cinq cent fois. De toute ma vie, à toujours j'ai toujours mis un s.  Il arrivait que les punitions soient injustes. Un jour il expliquait la chlorophylle et a demandé: « connaissez-vous des végétaux qui ne soient pas verts? » J'ai répondu: « oui! Chez moi il y a un arbre qui a les feuilles marron». Toute la classe c'est moquée de moi et j'ai reçu une grande punition car je ne connaissais pas le mot POURPRE, j'aurais dû dire: « il y a un noisetier pourpre. »   

     

    Chaque année, il présentait des candidats au certificat d’études primaires, il se faisait un honneur de n’avoir que très très peu de recalés. Pour ce faire, de Pâques à juin les candidats avaient droit à un traitement de faveur: Deux heures de plus chaque soir et parfois revenir le jeudi matin: Réviser, réviser encore.

     

     Et ce n’était pas tout! Dans le programme, la traditionnelle « leçon de morale » tous les matins, mais aussi mécanique pour les garçons et couture pour les filles. C’était sa femme qui se chargeait des filles la dernière heure du samedi. Pour l’examen, je me souviens du sujet de couture: « Faire un ourlet de 1,5 cm au point de coté sur un échantillon de 7 cm ». Calcul, histoire, géographie, orthographe, dictée + questions, sciences (nommées plus tard biologie), rédaction et lecture: lire à haute voix devant trois inspecteurs inconnus, ce n’était pas si facile. Dictée; 7 fautes éliminatoires, j’ai fais 5fautes donc zéro mais les 20 sur 20 en calcul ont remonté ma moyenne.

      De six à treize ans et demi, je n’ai connu qu’un seul instituteur, un bien brave homme. Un jour, il nous a invités à venir à l’école à 8h15 pour assister à une éclipse totale du soleil. Il nous avait préparé des morceaux de verres fumés sur une bougie et nous avons pu admirer ce phénomène exceptionnel avec un cours magistral. 
      C’est pendant les récréations que j’ai appris la cruauté des enfants; j’ai été tour à tour victime et bourreau.  Un jour, Simon et moi, sommes allés à Gadet, chercher du pain chez le boulanger Soulié. En passant devant chez Carmeilles, nous avons vu François et Simon, deux frères; nous nous sommes arrêtés un moment pour bavarder avec eux. Leur mère, qui était une brave femme, leur a crié: « Tatou, Momon, vous pouvez inviter Simon et Jeanne a boire une orangeade! ». Alléchés par l’orangeade, nous nous sommes approchés en pouffant. Et pendant toute une année, nous les avons harcelés avec des « Tatou et Momon » en permanence, il ne faisait pas bon avoir des diminutifs. Tatou est devenu le facteur de Loubéjac pendant de très longues années, aujourd’hui retraité.

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  • Commentaires

    5
    marmota
    Mardi 13 Novembre 2012 à 23:26
    je me souviens de cette émissiom de radio que maman écoutait
    4
    Jeudi 8 Mars 2012 à 09:23
    Trés intéssant!!! ,j'adore vous lire !je reviendrai !je me languis de lire la suite
    bonne journée
    3
    Dimanche 11 Octobre 2009 à 09:28
    Merci Chris, bon dimanche à toi...
    2
    Samedi 10 Octobre 2009 à 21:26
    C'est vrai que dans les campagnes pendant très longtemps le petit déjeuner pour les hommes était souvent accompagné de goutte, ou de vin, ils travaillaient dur.
    Ah les bals, ça me rappelle bien des souvenirs de jeunesse.
    Le CEP, nous aussi on nous faisait beaucoup réviser et je l'air éussi !
    Je te laisse pour aujourd'hui.
    Passes un bon week end
    Bises
    1
    Dimanche 20 Septembre 2009 à 09:49
    Votre histoire est très intéressante. Je reviendrai lire la suite un peu plus tard. Du Périgord je connais plutôt le nord, la région de Brantôme. Pour ma part, ma première école ne comptait que 6 élèves au total ! Le paradis !
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