•     Mon père a hérité de la ferme de ses parents, son père était encore là quand je suis née. J'ai entendu dire beaucoup de mal sur lui: il était, parait-il, très autoritaire, voire agressif, il insultait tout le monde y compris ma mère car, comme elle se refusait à lui, il le lui faisait payer, disant même que Simon (né en juin 1945) avait été fait par les Allemands; Affirmation fausse, les envahisseurs étaient partis avant sa conception.

       C'était une injure grave. Sans aucun doute, il était difficile à vivre; mais quand je l’ai connu, il était vieux, faible, ne pouvant plus travailler (il était boiteux comme moi). J’ai un très bon souvenir de lui. Il est probable que son état a fait qu’il a reporté son affection sur moi.

       Quand mes parents partaient travailler aux champs, il me gardait; je le revois encore, me tenant par la main, faire et refaire le tour de la maison, attisant le feu, m’épluchant des pommes. Il me faisait des sifflets avec une branche de châtaigner, me prenait sur ses genoux et me parlait interminablement; sa voix et ses mains étaient douces et je l’aimais.  

    Un jour, dans la grange, assis sur une vieille caisse, il me dit: «-J’ai un secret à te dire». Il se leva, alla fermer la porte (pour empêcher une entrée intempestive de Simon) et me dit: «-Voilà le secret, c’est mes Louis d’Or», il alla derrière la grosse cuve à vin, et, avec son couteau enleva une pierre du mur, et là, dans un vieux bout chiffons, il y avait une dizaine de pièces dorées.

     

       A cet âge, le ne connaissais pas la valeur de l’or ni de la monnaie, mais j’ai compris la valeur du secret; et je n’en ai parlé que vingt années plus tard. Cet or n’a jamais été trouvé, ou bien celui qui l’a trouvé, n’en a jamais parlé.

       Il est mort j’avais cinq ans, je vois encore le corbillard s’enfoncer dans le sous-bois, tiré par deux beaux chevaux appartenant à monsieur le maire.

       Plus tard j’ai appris que, quand mon père a eu fini sa scolarité (douze ou treize ans), son père l’à placé comme domestique dans une ferme importante, et tous les mois, il allait chercher son salaire, lui laissant un peu d’argent seulement une fois par an, le jour de la fête au village. Jusqu’à sa majorité croyez-vous?! mais non, jusqu’à l’âge de vingt huit ans, c’est à dire son mariage. Et les enfants d’aujourd’hui sont scandalisés si les parents oublient le jour de l’argent de poche.



     

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  •     Du plus lointain de mes souvenirs, je n'ai jamais cru en Dieu. A mon sens, il n'existe que dans la pensée humaine. L'homme est si orgueilleux qu'il refuse de penser qu'il n'est qu'un grain de poussière dans l'univers, il se plait à penser qu'un être suprême veille sur lui, c'est tellement plus réconfortant. Je crois sincèrement que les croyants sont plus heureux que les autres. Croire! Est-ce la première condition pour accéder au bonheur?. 

       Quoi qu'il en soit, j'ai été baptisée, et à sept ans, après avoir appris à lire et à écrire, j'ai dû aller au catéchisme. Un vieux curé, il s'appelait Chêne, venait de temps en temps nous dispenser son enseignement, dire la messe du dimanche, et faire les sacrements.

      Je n'ai jamais fait l'école buissonnière, j'avais comme beaucoup d'enfants une grande soif de savoir; mais pour "l'église buissonnière" j'étais une championne. C'était tellement plus intéressant de courir après les papillons ou de grimper dans les arbres du verger du voisin pour déguster quelques fruits. Mais je ne pouvais pas toujours y échapper, j'ai dû apprendre les prières par cœur à coup de gifles et de punitions. 

      A cette époque, il était hors de question de se plaindre aux parents sous peine d'en recevoir le double, car ils estimaient que si on était puni c'est qu'on le méritait largement, que ce soit un instituteur, un curé ou même un voisin. Contrairement à aujourd'hui, tous les adultes participaient à l'éducation de tous les enfants. Alors on "encaissait" et on se gardait bien de le dire. 

      Notre vieux curé avait plusieurs paroisse à s'occuper, aussi il déléguait une partie de sa fonction à une femme qui s'occupait de nettoyer l'église et de la fleurir. Elle était mariée; mère de famille, elle faisait faire les devoirs que nous donnait le curé et vérifiait si nous lisions bien les textes. En dehors de cette fonction, elle s'intéressait beaucoup à la vertu des jeunes filles, (un homme s'occupait des garçons en les jouer au foot) elle, comment une jeune fille devait se comporter, ne pas traîner avec les garçons, bien obéir aux parents, être à l'heure à la messe et aussi des conseils vestimentaires, accorder les couleurs, coiffures etc. etc. L'idée en soit était excellente.   

    Puis un jour toutes mes bonnes résolutions s'écroulèrent en un instant. Une élève de ma classe était absente, le téléphone n'était pas encore arrivé dans ce coin, le maître me demande d'aller chez elle voir si elle était malade. C'était au printemps, il faisait beau. Au lieu de prendre la route, je décidais de couper au plus court, je fis donc le tour de l'église sur la pelouse qui servait de terrain de sport, et là, passant devant le presbytère, une fenêtre était ouverte, j'entendis des sons qui me semblèrent humains. Je m'avançais doucement et regardant par la fenêtre, je vis, à ma grande stupéfaction, la dame de l'église en très petite tenue, s'activer avec un monsieur dans la même tenue. Je savais ce que c'était, à la campagne on voit régulièrement les animaux dans cette activité, mais ce qui me cloua sur place, c'est que le monsieur n'était pas son mari. 

       D'un coup, toute confiance dans les adultes s'écroulait. A partir de ce jour, j'ai haïs toute personne qui fréquentait l'église ou qui prêchait la bonne parole; il me semblait que le sommet de l'hypocrisie était atteint. Il m'a fallu longtemps à l'age adulte, pour réviser mon jugement. Quoique je pense encore que les donneurs de conseils feraient mieux de se regarder et que les plus grands prêcheurs ne prêchent que pour se convaincre eux-mêmes. 

     

       En attendant, je décidais de ne plus assister à ses cours, il me semblait que je ne pourrais plus la regarder en face sans lui crier sa trahison à la figure. Punitions, gifles, menaces de toutes sortes, rien n'y faisait. J'étais et suis restée une révoltée. 

       Pour limiter les dégâts, j'assistais aux cours du curé Chêne, et j'apprenais mes leçons seule. Il comprit qu'il s'était passé quelque chose mais jamais, même en confession, et surtout pas en confession, je ne l'ai raconté. A contre cœur, j'ai reçu tous les sacrements: communion privée, confirmation, communion solennelle et plus tard, renouvellement de la communion. Et oui! tout ça. 

       Il y avait aussi les vêpres, elles avaient lieu une ou deux fois par an, c'était une longue messe qui se faisait le dimanche après-midi, elles étaient suivies d'une "procession" qui consistait à sortir un saint de l'église, de faire un certain circuit, s'arrêter devant les monuments, faire quelques prières, puis retourner à l'église, le tout durait 3 à 4 heures.  

       Vous avez sûrement remarqué, à la campagne, à l'intersection de petites routes, des petits monuments en pierres ou en ciment, surmontés d'une croix avec un Christ ou une Vierge. Ces monuments étaient en permanence entretenus, nettoyés et fleuris. Dans certain pays, il le sont encore: Portugal, Autriche...  

     

       Bien des années plus tard, Quand j'ai eu mes enfants, leur père souhaitait les faire baptiser pour disait-il, la tradition.   J'ai refusé. Une foule de souvenirs est remontée à la surface. Impossible de revivre à travers mes enfants des événements qui ont été très douloureux, car en contradiction avec ma pensée profonde.   



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  •    A l'age de six ans, il a fallu prendre le chemin de l'école. Quatre km en prenant les sentiers à travers champs, six km par la route. Au début le chemin était bien long, Simon, en grand frère responsable n'hésitait pas à me tirer par les bras, mais très vite sur le parcours je rencontrais mes nouveaux amis, enfin ceux de Simon car cette année là, il n'y avait pas d'autres enfants de six ans, au Poujet.

      J'étais très timide mais les filles F......., beaucoup plus délurées, m'entraînaient dans leurs jeux. Jouer avec des filles, c’était nouveau pour moi. Chez F........ il y avait huit enfants dont quatre filles; les aînés étaient partis, je n’ai connu que René, Jeannette, Rosette et Laurette.

     Laurette, deux ans de plus que moi, je l'a retrouvée de nombreuses années plus tard. Elle était très populaire et ne manquait pas d’imagination pour faire toutes les bêtises possibles.

       Rosette, un an de plus que Laurette, a épousé un voisin, Raymond L..........., de treize ans son aîné. Elle se sentait supérieure, elle ne nous parlait plus. Jeannette s’intéressait à tous les garçons, jouait à tous les jeux, n’avait peur de rien; Elle sifflait comme un rossignol, on savait ainsi où elle se trouvait. Tous les garçons s’occupaient d’elle mais elle était très futée et les faisait « tourner en bourriques » 

      Simon allait faire des concours de fronde ou autre, avec ses copains, moi, j’allais chez F......... Le matin je me dépêchais et maintes fois j’ai assisté au rituel du petit déjeuner du père F.......... Il s’asseyait en bout de table, il ne fallait plus faire de bruit, sa femme lui servait un verre à vin plein d’eau de vie de prune, appelée la goutte, faite maison, une tranche de pain qu’il découpait soigneusement en bâtonnets, il les trempait un à un dans son verre et les dégustait avec un plaisir évident. Mon père faisait la même chose avec vin à huit° et encore il ajoutait de l’eau et du sucre; ça s’appelait la « tsaoutsollo ». Chacun sait qu’à cette époque, les paysans avaient le droit de faire leur eau de vie, elle était beaucoup plus forte que les alcools actuellement autorisés.
     La dernière goutte achevée, père F......... claquait son opinel et partait travailler. J’étais perplexe, je m’attendais à ce qu’il tombe, mais non, il sortait droit comme un I.
     
    A diverses occasions j’avais vu des hommes qui, après quelques petits verres de gouttes, marchaient de travers et s’écroulaient dans les fossés. Mais Mr F......... buvait comme un trou et n’était jamais ivre.

     Il n’empêche qu’il a été le premier de tous les hameaux environnants à acheter un énorme appareil qui s’appelait TÉLÉVISION.
     D’un seul coup, tout le voisinage avait un irrésistible besoin de passer le saluer. Moi la première, j’étais immensément fière d’avoir une amie qui avait la télévision. C’était en 1959. 

      Chez moi, il y avait un poste de radio appelé TSF avec un immense ressort servant d’antenne, il tenait toute la longueur de la cuisine.
       Mes parents écoutaient les informations et, le soir, il y avait une petite émission de variété nommée et présentée par « La Catinou et le Jacquouti », ma mère riait des jeux de mots et mon père entonnait les chansons. C’était tout ce que je savais comme chansons car ils éteignaient bien vite pour « ne pas brûler de l’électricité » inutilement.

     Aussi Laurette s’est fait un devoir de m’instruire sur les chansons à la mode et dans le pré, derrière les écuries, elle m’a appris à danser.
     Ce n’était pas si simple: ayant appris à marcher très tard, je n’étais pas très dégourdie des jambes... elle s’énervait et disait: «-tu es pire qu’un sac de patates! . Enfin, peu à peu, le sac de patates à fait quelques progrès. Et j’ai bien profité de ses leçons, car pendant quelques années, avec Simon, nous avons fréquenté les bals des environs, je n’étais pas la dernière sur la piste... twist, tchatcha, passo, valse, et autres. 

      A l'école, régnait une grande discipline. L'instituteur, Mr Coste était seul pour jusqu'à cinquante deux élèves avec toutes les classes de primaire plus trois classes de fin d'études pour les élèves de douze à quatorze ans; Quatorze ans était l'age minimum obligatoire. Ainsi, avec cinquante deux élèves répartis en huit classes, Mr Coste avait un travail énorme et pour préparer et corriger le tout, il devait travailler beaucoup plus de quarante heures par semaine.

     Il se faisait assister de sa femme pour surveiller les récréations, car très consciencieux, il profitait des récrés pour aider quelques élèves qui n'avaient pas bien compris ou surveiller ceux qui étaient punis. Car pour tenir tout ce petit monde, il était très sévère. Pleuvaient toutes sortes de punitions: -derrière le tableau -à genou derrière le tableau -les mains levées derrière le tableau... toutes sortes d'exercices suivant la faiblesse de l'élève, mais surtout des lignes: cinquante, cent, cinq cent et même mille lignes: oui, oui, je dis bien mille lignes. Il faut presque l'année pour finir une telle punition. C'était très rare mais il ne cédait pas et chaque semaine il fallait faire signer par les parents et par lui-même. Quelque fois, il annulait la fin mais pas avant d'avoir fait 70 ou 80% du travail. Pour ma part, ma plus grande punition a été: A toujours, je mettrais toujours un s. cinq cent fois. De toute ma vie, à toujours j'ai toujours mis un s.  Il arrivait que les punitions soient injustes. Un jour il expliquait la chlorophylle et a demandé: « connaissez-vous des végétaux qui ne soient pas verts? » J'ai répondu: « oui! Chez moi il y a un arbre qui a les feuilles marron». Toute la classe c'est moquée de moi et j'ai reçu une grande punition car je ne connaissais pas le mot POURPRE, j'aurais dû dire: « il y a un noisetier pourpre. »   

     

    Chaque année, il présentait des candidats au certificat d’études primaires, il se faisait un honneur de n’avoir que très très peu de recalés. Pour ce faire, de Pâques à juin les candidats avaient droit à un traitement de faveur: Deux heures de plus chaque soir et parfois revenir le jeudi matin: Réviser, réviser encore.

     

     Et ce n’était pas tout! Dans le programme, la traditionnelle « leçon de morale » tous les matins, mais aussi mécanique pour les garçons et couture pour les filles. C’était sa femme qui se chargeait des filles la dernière heure du samedi. Pour l’examen, je me souviens du sujet de couture: « Faire un ourlet de 1,5 cm au point de coté sur un échantillon de 7 cm ». Calcul, histoire, géographie, orthographe, dictée + questions, sciences (nommées plus tard biologie), rédaction et lecture: lire à haute voix devant trois inspecteurs inconnus, ce n’était pas si facile. Dictée; 7 fautes éliminatoires, j’ai fais 5fautes donc zéro mais les 20 sur 20 en calcul ont remonté ma moyenne.

      De six à treize ans et demi, je n’ai connu qu’un seul instituteur, un bien brave homme. Un jour, il nous a invités à venir à l’école à 8h15 pour assister à une éclipse totale du soleil. Il nous avait préparé des morceaux de verres fumés sur une bougie et nous avons pu admirer ce phénomène exceptionnel avec un cours magistral. 
      C’est pendant les récréations que j’ai appris la cruauté des enfants; j’ai été tour à tour victime et bourreau.  Un jour, Simon et moi, sommes allés à Gadet, chercher du pain chez le boulanger Soulié. En passant devant chez Carmeilles, nous avons vu François et Simon, deux frères; nous nous sommes arrêtés un moment pour bavarder avec eux. Leur mère, qui était une brave femme, leur a crié: « Tatou, Momon, vous pouvez inviter Simon et Jeanne a boire une orangeade! ». Alléchés par l’orangeade, nous nous sommes approchés en pouffant. Et pendant toute une année, nous les avons harcelés avec des « Tatou et Momon » en permanence, il ne faisait pas bon avoir des diminutifs. Tatou est devenu le facteur de Loubéjac pendant de très longues années, aujourd’hui retraité.

     

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  •    Lorsque j'étais bébé, ma mère s'est aperçue (l'expérience l'aidant) que je ne tenais pas mes jambes normalement. Le Moment de marcher venu, je ne tenais pas debout, il était donc clair que j'avais un grave problème, comme mon grand-père, une luxation congénitale des hanches. Ils ont décidé de me faire soigner à Bordeaux par un grand spécialiste. Aidés de mon frère André, ils se sont donc "saignés aux quatre veines". J'ignore s'ils étaient assurés sociaux à l'époque mais çà leur a coûté très cher.

      Par chance ma mère avait un frère Alban T......, pensionné de la guerre de 14/18, il n’avait qu’une jambe, mais pouvais se déplacer grâce à une prothèse en bois. Il habitait Bordeaux avec son épouse Angélina.

    Mes parents pouvaient donc loger chez eux et ma tante qui n’avait pas d’enfants s’est attachée à moi, venait à l’hôpital et écrivait à mes parents pour donner des nouvelles, car mes parents ne pouvaient pas rester absents longtemps, la ferme les réclamait. Je suis restée de longs mois à l’hôpital, les jambes fixées dans une atèle. Je ne me souviens de rien. 

      Mes premiers souvenirs, j’avais environ trois ans, je marchais et je devais faire de l’exercice. Mon grand-père et André m’ont installé un petit vélo sur un socle en bois et une demi-heure matin et soir, je pédalais dans la cuisine, la roue arrière tournait dans le vide, ça m’amusait beaucoup, j’étais le point de mire de la famille. Mais la marche me faisait souffrir et je me souviens de Simone qui avait dix ans de plus que moi, je la harcelais en lui disant « Hope! Nana » et elle me prenait sur sa hanche.

       Le temps a passé, ma sœur s’est mariée à l’age de quinze ans et demi, Mon grand-père nous a quitté à la même époque. Très tôt, j’ai été passionnée par les animaux, je passais de longues heures à les observer, je leur donnais des noms et leur parlais en grand secret car Simon ne manquait pas de se moquer de moi. Je voulais assister aux naissances et m’occupais des poussins, poulets ou canards, et plus tard les brebis.

     J’ai eu une vraie passion pour les brebis, elles répondaient toutes à leur nom, j’avais toujours les poches pleines de pain et distribuais les récompenses avec une caresse. J’apprivoisais facilement les agneaux femelles, celles qui devaient rester pour renouveler le cheptel, je laissais les mâles a leur triste sort, direction les abattoirs. Avec des « brrrr » et des « bèno-bèno-bèno » je partais par les sentiers, les bois, les champs ou les prairies selon la saison, quelquefois accompagnée de l’âne, il s’appelait Bourguiba. J’avais dressé une petite chienne à faire le tour du troupeau pour les regrouper.

    Il y avait bien une chienne, qui s’appelait ‘‘La Papie’’, très bien dressée mais elle n’obéissait qu’à ma mère. Aussi un jour elle me dit de garder un petit, de m’en occuper seule pour enfin la dresser. C’est La Papie qui m’a appris ce qu’est la fidélité. Chez des voisins il y avait un chien ‘‘Le Bichou’’ qui nous rendait visite régulièrement pour connaitre d’était de sa compagne. Si elle était en chaleur, il l’entraînait  à l’écart pendant le temps nécessaire. Bien sûr,  d’autres chiens venaient tenter leur chance mais ils étaient invariablement rossés, d’abord par La Papie et ensuite pas Le Bichou : elle n’acceptait que lui. Elle a vécu très longtemps, à la fin de sa vie, elle avait creusé une niche dans un grand tas de paille, ma mère lui apportait à manger puis un jour elle a disparu, nous n’avons jamais su où elle est allée mourir.   

      Je ne me sentais jamais seule, tous les animaux étaient mes amis et je nous inventais des histoires.

      L’été on les sortait matin et soir mais l’hiver, une seule fois par jour avec du foin en plus dans l’étable. Quand il y avait de la neige, je les emmenais dans un sous-bois, je grimpais aux arbres couverts de lierres et cassais de grandes branches d’un vert sombre.

      L’hiver donc, je ne pouvais m’en occuper que les jeudis et les dimanches car le chemin de l’école étaient bien long, je partais à la pointe du jour et revenais presque à la nuit. 

    J’ai assez peu de souvenir de ma petite enfance, sauf que j’avais une poupée qui s’appelait Marie-Jeanne. C’est moi qui l’avais nommée ainsi: Marie comme ma mère, Jeanne comme moi, intéressant en psychanalyse, je n’y pense qu’aujourd’hui. Un jour d’hiver, je jouais dans le cantou et ma poupée m’a échappé dans le feu avec un grand « flouf » ma sœur était là, elle m’a empêchée d’entrer dans les flammes pour aller la chercher. J’étais inconsolable, j’ai pleuré des jours et des jours si bien que Simone est allée à Villefranche pour en acheter une autre, c’était très gentil mais ce n’était pas Marie-Jeanne. Plus tard, André faisait son service militaire en Algérie, lors d’une permission, il m’a apporté un joli poupon tout nu, j’ai pleuré tout de suite, je ne voulais pas qu’il soit tout nu, il a fallu lui faire une tenue et ma mère en a profité pour me faire admettre que je devais apprendre à tricoter pour le vêtir. C’est ce que j’ai fais, il a eu un beau costume bleu.

      J’ai donc eu de la chance d’avoir eu ces jouets. Pourtant à chaque Noël, j’espérais que le père Noël m’apporterait quelque chose, on me disait qu’il fallait être sage et bien apprendre à l’école. Je faisais de mon mieux  mais il n’apportait qu’un kg d’oranges à partager avec mon frère et parfois un sachet de 100g de crottes en chocolat.

      Début janvier, le maître nous demandait de raconter notre Noël et nos cadeaux. J’écoutais les enfants et je bavais de jalousie. Des cancres avaient de si beaux cadeaux! Quelle injustice! . Alors j’inventais les cadeaux et la famille idéale. Jusqu’au jour où, (j’étais très grande) .dans l’armoire de ma mère, j’ai trouvé le kg d’oranges qui attendait Noël. Ainsi le père Noël n’existait pas! C’était la bourse des parents qui faisait la qualité et la quantité des cadeaux. J’étais soulagée mais je trouvais stupide de mentir aux enfants, car comme tous les enfants, je croyais être la seule à bien mentir.

     



     

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  •     Ma grand-mère paternelle est née Veissie. Les Veissie étaient, il y a deux siècles, des bourgeois, des notables donc, marchands de draps, ils avaient beaucoup de terres et des métayers. Les deux premiers maires de la commune de Loubéjac ont étés des Veissie, ils étaient à cette époque nommés par le préfet (ou l'équivalent). Vers 1860 eurent lieu les premières élections, ils n'ont pas été reconduis dans leur fonction (révolution oblige), les paysans préférant voter pour l'un des leurs. A la même époque, un Veissie a épousé une fille mère, un grand scandale, ainsi la famille commença à péricliter, les obligeant à vendre peu à peu des terres. Si bien que ma grand-mère a été placée comme domestique dans une ferme de Biars, près de Villeneuve sur Lot. Dans cette ferme travaillait un beau jeune homme, Noël G......, et le mariage eu lieu en 1897. On donna pour dot à ma grand-mère: La-fageole sur dix hectares environs. 

       C'était une ancienne carrière de pierres, il y a, parait-il de nombreuses galeries en sous-sol. Une petite bâtisse servait d'abri aux ouvriers. Le couple s'y est installé, le grand-père a agrandi peu à peu la maison, a construit une grange puis des dépendances pour abriter les animaux, a planté de la vigne, des arbres, a défriché des terres et ainsi la ferme est née. Deux enfants aussi sont nés: Valérie en 1898 ma tante, et Alban en 1901 mon père. 

       De la famille de ma mère, née à Besse (canton de Villefranche), je ne sais pas grand chose sinon que mon grand-père Jean T...... était ouvrier maçon, communiste et très pauvre; si pauvre qu'il ne pouvait pas nourrir ses neufs enfants, il les a placés comme domestiques dans les fermes à l'age de six ou huit ans, c'est comme ça que ma mère n'est jamais allée à l'école, elle était analphabète. 

       Son père lui avait appris à écrire son nom, mais n'a jamais su écrire le nom de son mari. C'était lui qui écrivait et signait à sa place et quand il était absent les enfants signaient pour elle. J'ai maintes fois signé des mandats car il n'y avait pas de compte en banque et certaine vente était payée plus tard par exemple le tabac, la résine.   

       Je ne sais hélas rien d'autre sur mes ancêtres sauf que dans le Lot et Garonne il y a un grand nombre de G...... qui nous seraient apparentés.

    A Fumel, il y a une dizaines d'années, mon frère Jean a fait un immense pique-nique dans son champs et a invité tous les G...... du département.

    Ils étaient plus d'une centaine.

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      Je suis née à La-fageole, Périgord noir, le noir est la couleur de la truffe du Sud-Ouest, le célèbre diamant noir qui pousse à l'ombre d'une certaine variété de chênes. Pays des châtaignes, des noix, du foie gras et de Jacqou le croquant.

    La-fageole, seule habitation, le plus proche voisin est à un km à vol d'oiseau, faisant parti du hameau du Poujet, commune de Loubéjac.

      Le pays est très boisé, les bois sont luxuriants, épais, sombres et magnifiques, couverts de châtaigniers, pins maritimes, chênes, yeuses......

    L’exploitation du merrain ( bois de châtaignier ) est importante, les scieries artisanales sont nombreuses.

     

    Le pays est serré dans de petits vallons très rapprochés qui ont empêché la déforestation, il y a ça et là des petits carrés de champs et de prairies, savant mélange de nature sauvage et lopins cultivés à grand peine.

     La maison restaurée et agrandie par le grand-père Noël G......, est toute en pierres sèches posées à plat, mortier de terre rouge. Pierres d’une belle blondeur, couleurs chaudes qui donne de la noblesse à la moindre bâtisse. Sept à huit marches donnent accès a un auvent et à la pièce principale avec son immense « cantou » cheminée mal construite car on devait laisser la porte ouverte pour éviter d’être envahi de fumée, à côté du foyer, la traditionnelle « salière », grand coffre de bois qui contenait le sel et parfois un jambon; sur laquelle on pouvait s’asseoir mais on se brûlait la face alors qu’on avait froid dans le dos. Il y avait deux chambres et un grand hangar était adossé à la bâtisse. Plus loin le poulailler construit sur le mur de la grange, celle-ci pouvait contenir seulement cinq ou six bêtes et derrière une petite étable, juste assez vaste pour une vingtaine de brebis. Une petite porcherie et deux citernes complétaient le « domaine ».

      Le Poujet était composé d’à peine une dizaine de familles: Fonséca, Loubière, Marfou, Gilles, Touron, Figuier, Lassaque, Carmeille, plus loin au Montélu: Bayle, Delpit. Un peu plus loin, après avoir escaladé une colline, le bourg de Loubejac (24)  n’est composé que de quatre maisons plus la mairie-école et son église avec le presbytère. Église en partie romane (XIIème) et en partie gothique (XVetXVIème siècles). Récemment, on a trouvé une petite chapelle qui n’est pas datée, il y a un accès depuis l’église, par le sol, cet endroit est éclairé lors des cérémonies. A neuf km, chef lieu de canton: Villefranche du Périgord. 

     

      Villefranche est construite selon le même plan en damier que toutes les bastides. Ses rues, qui se croisent et s’entrecroisent à angle droit, sont souvent bordées d’antiques demeures à colombages. Je connaissais surtout sa rue principale, aujourd’hui pavée, qui débouche sur la halle couverte où on venait vendre quelques bricoles une fois par mois, nous y faisions nos provisions.

      Aujourd’hui encore, le célèbre « marché aux cèpes » a lieu tous les jours en saisons, est connu de toute la région.

     De nombreuses maisons ont été achetées et restaurées par des étrangers, amoureux de calme, solitude et sérénité. Lafageole a été achetée par un comédien allemand qui n’est pas venu là tout à fait par hasard, un membre de sa famille à épousé une jeune femme originaire de la région. Ainsi l’été, on a quelques chances de rencontrer un promeneur au détour d’un chemin.

     

     

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