• 23 Monique

    Tous les passages en bleu foncé et en italiques ont été écrits par Monique.

     

        C'est en 1967 que j'ai rencontré la personne qui a changé le cours de ma vie. Un jour, elle était là, à coté de moi, assise au brossage, calme, timide et silencieuse; elle attendait que ses voisines l'invite a leurs bavardages. -Bonjour, - bonjour, -comment tu t'appelle? -Monique, -et moi Jeanne. Je ne sais plus de quoi nous avons parlé ce premier jour mais je sais que 38 ans plus tard, j'ai encore envie de bavarder avec elle et que je ne me suis jamais ennuyée un seul instant en sa compagnie. Mais ce jour là, je ne le savais pas.

       Monique et moi sommes devenues inséparables. Elle me racontait son enfance avec sa grand-mère en Alsace, sa vie avec ses parents, les très nombreux lieux où ils avaient habité, en Algérie, en Autriche et en France, les commerces où elle avait travaillé avec eux et les rares amis (e) que cette vie de nomade lui avait permis de faire. Cette vie faite de voyages incessants me faisait rêver; et je n'ai compris que beaucoup plus tard, que son enfance n'a pas toujours été heureuse. 

    Récemment elle a écris:

       ""Puis, de nouveau nous sommes partis. De déménagement en déménagement nous avons fini par atterrir a Puy lÉvêque, une petite ville dans le Lot ou jai trouvé du travail dans une fabrique de porcelaine. Les autres filles de lusine me trouvaient bizarre.. Jétais différente delles. Je mhabillais différemment, javais toujours froid et je portais pulls sur pulls et je mintéressais à dautres sujets quelles! Par la suite jai su quon racontait beaucoup de choses sur moi! Mais ça ne me touchait pas!. Depuis mon enfance javais appris à ne pas suivre le groupe et à rester libre dans ma tête... donc, les ragots!!! je men fichais!.""         (M.B.)

     

       Quant à moi, je n'avais à raconter que mes séjours chez mes trois employeurs précédents et mon enfance à La-fageole: cette vie rustique, au grand air l'été, au froid dans la maison humide l'hiver, pas de sanitaires, pas d'eau courante, fallait courir dans les bois pour nos besoins par tous les temps; et puiser l'eau de la citerne avec le seau au bout d'une chaîne pour les besoins alimentaires et nos toilettes. 

       Toutefois, très rapidement, nos bavardages à l'usine ne nous suffisaient pas aussi nous nous sommes rencontrée en dehors et avons organisé notre première sortie: Visite au château de Bonaguil. Nous avons prospecté auprès d'autres camarades pour faire cette sortie en groupe mais personne n'était intéressé; alors nous avons décidé que deux, c'était déjà un groupe. Un dimanche matin, en vélos, avec casse-croûtes et imperméables, nous sommes parties sur les routes du Lot, nous échappions, l'une et l'autre aux contraintes de nos familles et nous avions un immense sentiment de liberté qui nous rendait euphorique. Ainsi pendant près de deux ans, nous avons fais et refais le monde, dans notre petite bulle, celle de l'amitié. Oui, c'est comme ça que j'ai appris ce sentiment étrange mêlé d'attachement et de liberté à la fois; si on me demandait comment exprimer le pourquoi de cette amitié, je répondrais comme Montaigne: «-Parce que c'était elle et parce que c'était moi». Un véritable ami, c'est quelqu'un qui vous connaît bien et qui vous aime quand même. Monique ne manquait pas d’imagination, toujours de nouveaux projets, des rêves plein la tête, parfois un peu fous; et moi, plus terre à terre, je jouais le rôle de l’élément modérateur. 

     

       Elle habitait Puy l'Évêque avec ses parents et ses trois sœurs. Son père, ancien militaire, avait gardé un certain goût pour l'autorité (sans en avoir l'air), il m'a reçu très chaleureusement en me disant: «-Bienvenue, fais comme chez toi!». Mais très vite, j'ai compris qu'il valait mieux ne pas en profiter, de toute façon, je ne me sentais pas à l'aise, et puis, nous avions tellement de choses à nous dire que nous guettions la moindre occasion pour sortir. 

       Et nous sortions le plus souvent possible; il y avait toujours des bals, l'hiver, bal des pompiers, bal masqués, bal de ceci, bal de cela, et l'été, fêtes votives dans villes et villages. Un jour, à Puy l'évêque, il y a eu un bal masqué et Monique, pleine d'imagination comme à son habitude, a décidé de se déguiser en prince arabe avec un gros turban et moi, en jeune homme des années cinquante avec un vieux costume à carreaux beige clair, prêté par je ne sais qui, avec une perruque blonde. Nous avons cherché un endroit pour se changer tout prés du bal.

       A l'usine, il y avait une polonaise, prénommée Éliane, fraîchement arrivée de son pays, logée par une tante, elle ne parlait pas un mot de français, mais au bout de quelques mois, elle se débrouillait un peu et nous pouvions communiquer. Elle s'est mal entendue avec sa famille et a loué une chambre tout prés de l'usine. C'était l'endroit rêvé pour nous, pour ce soir de bal masqué. Elle a accepté volontiers et nous avons déposé nos costumes chez elle. Nous avons dansé avec nos déguisements mais au bout d’un certain temps, ça ne nous amusait plus et avons décidé d’aller nous changer. Éliane n'était plus au bal, c'est donc qu'elle était chez elle, nous y sommes allées. Nous avons bruyamment frappé, personne ne répondait, puis nous avons remarqué une fenêtre entrouverte et avons décidé d'entrer. Alors Éliane s'est approchée, sans allumer la lampe, nous avons parlementé: «-Éliane, ouvre-nous!». Elle a refusé, et sur notre insistance, nous a dit: «-Je ne peux pas, j'ai mon oncle avec moi». Nous avons vite compris qu'elle avait un amant, et, moqueuses comme nous étions, sommes restée longtemps à insister et à demander de saluer son oncle. A partir de ce jour, nous l'avons surnommée "Miss tonton". Ce genre de situation nous amusait beaucoup, d'ailleurs tout était bon pour rire et nous avons bien profité de notre insouciance, et je peux dire que c'est la meilleure période de ma vie. 

       Ainsi nous avons refait mainte fois le monde, nous parlions philosophie, et, chacune, pour intéresser l'autre, allions au fond de nous-même y puiser le meilleur et cette gymnastique intellectuelle à été déterminante pour toute notre vie et nous a permis de nous ouvrir à la pensée de l'autre. (Et donc des autres.)

     

       ""Avant Puy lÉvêque, il y avait eu Miramont, et cest là que javais fait la connaissance de Marie Jo. Par elle jai découvert la philosophie, la pensée libre! les auteurs comme Gide ou Sartre qui ont guidé la pensée de beaucoup de gensNous parlions des après midi entières de la liberté complète! Marie Jo ma beaucoup influencé et avec elle jai appris à penser!.

    Il y a comme ça, des gens dans la vie qui passent et qui marquent notre personnalité!  Marie Jo en a été une... Sans le savoir elle a été un des jalons de ma vie!.

       "A lusine jai fait la connaissance de Jeanne, (un autre jalon dans ma vie....) Nous avons discuté de tout en travaillant! Je lui ai ouvert lesprit sur des sujets quelle ne connaissait pas et elle ma aidé à découvrir les choses qui étaient de notre age: bals, sorties entre copains...""  (M.B.)

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  • Commentaires

    2
    anches1
    Mardi 5 Mars 2013 à 15:37

     tu sais que j'aurai aimé avoir une jeunesse telle que la tienne  !!!! En normandie avec des parents intégristes (catho.....)et la guerre d'Algérie en toile de fond: qu'est ce que ma jeunesse a été triste......Et au travers de tes récits elle a été plus triste que je me l'imaginais......En tout cas bravo pour tes récits je me regale à les lire.......

    1
    marmota
    Mardi 13 Novembre 2012 à 23:25
    tu m'as fait connaître Monique. J'ai fais quelques virées avec vous, j'ai dansé à Puy l'Eveque avec vous et un soir nous avons philosophé à la seule lueur de la lune. pour moi aussi Monique est une amie et j'aime bien parler avec elle
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