• 12 Les travaux des champs

       Le tabac: La culture du tabac était très contrôlée par je ne sais quel organisme nous recevions un certain nombre de plants et un contrôleur passait de temps à autre pour vérifier si nous ne dépassions pas le quota.

       C'était beaucoup de travail, planter au plantoir à main, puis désherber, buter, ébourgeonner (enlever les bourgeons qui poussaient à chaque feuille); quand la plante avait une certaine taille, après une dizaine de feuilles, couper la tête pour empêcher la floraison et ainsi faire grossir les feuilles. A l'automne, couper les pieds qui faisaient environ 1,50m et les installer dans les hangars pour les faire sécher. Par un système de ficelles et crochets, on pendait les pieds de tabac la tête en bas sur 5m de hauteur à 15cm les uns des autres. Il fallait aérer, surveiller, ça sentait bon. En hiver, quand c'était sec, on devait effeuiller, trier les feuilles; milieu, basses, hautes, courtes et longues et aussi par couleur.

       Ensuite faire les "manoques": 24 feuilles à la base serrées entre le pouce et l'index de la main gauche et avec la 25ème feuille roulée, attacher-le tout en formant une rosette. C'était tout un art... Cela nous occupaient de nombreuses soirées et faisions entre nous des concours de la plus belle manoque. 

       Les châtaignes: L'été, il fallait faucher (à la faux) les fougères et autres plantes qui poussaient dans les châtaigneraies, ainsi propre, l'automne venu, on ramassait les châtaignes avec des pinces en bois faites maison.

    Ces pinces ont été fabriquées par Pépé au printemps dernier: Il a choisi de belles branches de châtaignier, d’environ 6 à 8 cm de diamètre, il les a coupées à 80cm de longueur et dans l’épaisseur, il a supprimé presque la moitié. Cette grosse moitié restante, il l’a pliée en deux et a attaché les extrémités. Le bois en séchant prend une forme courbée, il ne reste plus qu’à lisser et tailler les pointes.

    Ensuite le soir, on les triait sur la table avant d'en faire de beaux sacs que nous portions à la foire. Simon et moi avons fait plusieurs fois l'expérience: du producteur au consommateur. On soulevait un coin de peau d'une châtaigne, avec un petit canif on creusait un trou. Dans ce trou on glissait un papier roulé sur lequel on avait écrit un petit message avec notamment le prix de vente et notre adresse. Nous avons reçu plusieurs réponses et notamment des enfants de La Rochelle, avec lesquels nous avons correspondu un certain temps. C'était déjà comme aujourd'hui, le prix d'achat était le quadruple du prix de vente. Nous étions scandalisés. 

    Ah les châtaignes! Nous en mangions tout l'hiver. Pour les conserver nous faisions de gros tas sous les châtaigniers de feuilles, bogues et châtaignes avec un râteau. L'hiver venu, il suffisait de creuser un peu au pied des tas pour trouver de bons fruits bien conservés... 

     

    12 Les travaux des champs

     

     

    Le blé: La terre était labourée avec un double brabant attelé à deux vaches. Les bœufs étaient plus puissant bien sur mais les vaches avaient l'avantage de nous faire un veau tous les treize à dix huit mois. Quand la terre était labourée et hersée, le grain était semé à la main, à la volée avec un grand panier pendu au bras gauche. Puis on ne s'en occupe  plus jusqu'aux moissons. Là, avec la faucheuse attelée aux vaches, mon père faisait des aller-retour puis un voisin venait avec une botteleuse, machine qui balayait le blé, et le liait en botte avec deux ficelles. Bottes entreposées à l'abri. On attendait le passage de la "dépiqueuse" , énorme machine qui avait du mal à arriver dans la cour. Un gros tracteur de marque "société française" la faisait fonctionner avec un système de grosses poulies. Le tout faisait un bruit assourdissant. Naturellement les voisins aidaient. Un homme jetait les bottes de blés sur la plate forme, un autre coupait les ficelles, un autre étalait le blé et le poussait vers les mâchoires de l'engin, c'était très dangereux et nous avons connu un homme qui s'était fait arracher le bras. Plus loin, la paille délestée des épis était à nouveau bottelée et liée, les grains criblés tombaient dans des sacs. Ca durait toute une longue journée qui finissait par un bon repas. 

       Le vin: En dehors d'entretenir la terre pour lutter contre les mauvaises herbes, en février il fallait tailler la vigne, récupérer et botteler les sarments qui servaient à allumer le feu, en été il faut attacher les nouvelles pousses, épamprer et aussi vaporiser un produit contre les maladies avec un gros bidons en guise de sac à dos, muni d'une petite pompe. Fin septembre: les vendanges, puis écraser les raisins dans la grosse cuve en bois et les laisser fermenter. Deux fois par jour, une personne allait dans la cuve, piétinait le "mou" pour le remuer, opération risquée à cause des émanations, il fallait mettre, de temps à autre, la tête au dehors pour respirer de l'air frais. Quand la fermentation est finie, (deux à trois semaines), tirer le vin par le robinet au bas de la cuve, en remplir les barriques préalablement lavées. Ma mère, par souci d'économie, versait quelques seaux d'eau dans le mou et pendant quelques semaines, on buvait ce breuvage nommé "la piquette". 

       La résine: Dans les bois, il y avait des pins qui n'étaient par forcement tout près les uns des autres, il fallait d'abord faire des petits sentiers à coup de serpe d'un pin à l'autre en calculant le circuit de manière à visiter le plus grand nombre de pins possibles avec un minimum de pas. Fixer sur chaque pin un morceau de fer arrondi, dessous, un clou et coincer entre les deux, un petit pot. Avec une sorte de grattoir, faire une entaille pour enlever l'écorce et pulvériser sur ce bois à nu, un acide spécial. Une semaine plus tard, re-entaille au-dessus de l'ancienne plus re-acide. Après trois passages, faire la tournée avec un seau et une spatule pour vider les pots. Et ainsi de suite toute la saison printanière. Un négociant nous fournissait des grands fûts en fer, numérotés et entreposés sur le bord de la route et chaque producteur remplissait ses fûts. Ainsi, de longs mois plus tard, on recevait un mandat. 

       Et ce n'était pas tout. Il fallait faire les foins: couper à la faucheuse (avec les vaches), puis faner, râteler et engranger à la fourche (faute de matériel).

       Comme ressource, il y avait les cèpes, mais c’était assez aléatoire, il n’y a pas de bonnes productions chaque années.

       Autres cultures: Maïs, topinambours, choux raves, pomme de terre, seigle, orge, choux à cochon; les haricots qu'on faisait grimper sur le premier rang de maïs; j'en oublie... Et puis un grand potager. 

       C'était le bagne!... Mais les paysans étaient fiers car:

    "-Il n'y a pas de patron pour nous commander". Franchement, j'ai toujours préféré avoir un patron qui me commandait et travailler moins.

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  • Commentaires

    1
    Lundi 21 Septembre 2009 à 17:06
    Il y a vingt ans j'ai vécu dans un village du Portugal où les paysans travaillaient encore avec des vaches, comme vous le décrivez ici.
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