• 111: Mon dernier patron et la fille

    Suite...

     Par contre, j'ai eu mon dernier patron qui m'aimait beaucoup, au point de vouloir que je prenne sa relève.

    Ça ne t'as pas tenté?.

     Non, je n'ai jamais accepté ces choses là, même ici. Il me faisait tellement confiance qu’il me donnait à lire les journaux interdits de l'époque. Il avait un garçon plus vieux que moi et une fille qui était de mon âge. C'était pas pour moi bien sur, pas le même milieu. Mais c’est pour te dire comme j’étais bien con. 0 L 2 (3)

    Con !!! pourquoi tu dis ça?.

    J’allais souvent chez lui après le boulot, peut être que je m'y sentais mieux que chez moi, regarde, elle se changeait devant moi, elle me disait: «-Tourne toi je vais changer de robe!». Et moi je répondais oui mademoiselle, et je n'ai jamais regardé. Parce qu’elle me disait tu, mais moi je devais lui dire vous, je n'étais rien pour elle.

    C’était une chipie non?.

    Si tu veux oui, moi j’étais la classe inférieure. Écoute, je suis là aussi grâce à cette homme. Malgré tout, c’est lui qui ma prêté l'argent pour pouvoir venir ici. En plus, il m’a conduit à la gare. Je crois qu’il c’est mieux conduit pour moi que mon propre père.

    C'est une partie de ma jeunesse ça, j'étais bien vu par mon patron et je passais saluer sa femme souvent le dimanche ou après le boulot. Lui était républicain alors il avait un journal, à l'époque, si tu étais pris avec ça, c'était la prison à vie.

    Il était riche?.

    Ben oui beaucoup. Il me le donnait à lire, écoute, il me faisait confiance mais il voulait me faire penser comme lui, m'inculquer ses idées tu comprends et ça, je n'aime pas et ce, depuis toujours.

    Ah! oui, tu étais un peu rebelle toi aussi!.

    Il ne faut pas m'imposer des choses, là je me méfie tu comprends?. C'était un gars, dans une descente, il coupait le moteur pour économiser l'essence. Je me souviens qu'il avait eu un manque d'essence, tu ne te rappelle pas toi, parle un jour de ça à tes frères. Je crois que ça avait été à cause d'une guerre en l'Égypte, un truc comme ça et toute l'Europe a eu un manque d'essence. Tu est trop jeune toi, tu vois, tu n'es pas encore assez vieille!!!.

    C'était pas une histoire du canal de Suez?.

    Ah! je retire ce que j'ai dit, oui ça vient de là à cause de la guerre avec l'Égypte.

    Il avait un beau frère qui avait une pompe, et nous sommes allé une nuit la vider et cacher tout ça, tu vois qu'il avait confiance en moi.

    Il volait son beau-frère?.

    C'était en accord avec lui, pour la cacher et la garder pour eux, pour ne pas la vendre ou bien la vendre plus cher tu comprends!.

    0 L 2 (1)Quand je suis venu ici, c'est lui qui m'a prêté l'argent.

    Je suis allé trois jours à Lisbonne, passage obligé, lavage de cerveau. Il m'a aussi donné l'adresse de son frère et m'a dit: s'il te manque quelque chose, tu vas le voir. Et c'est aussi lui qui m'a conduit à la gare pour venir ici et après, moi j'envoyais de l'argent à mon père dans une banque que lui seul pouvait y toucher, et il a remboursé tout ça. Je n'avais le droit d'envoyer que 400 francs par mois, c'était beaucoup à ce moment là. Ensuite j'ai payé le gars qui m'avait trouvé le boulot pour 800 francs. Attends!, pour avoir une idée.

    En 1966, moi je gagnais 1037 francs par mois et encore entre deux j'envoyais des billets pour ma mère dans des lettres. J'achetais des enveloppes avec un fond et je récupérais le fond d'une, je mettais les billets dedans, puis je les mettais dans une autre et ça partait comme ça. Ou alors aussi, quand un de mes collègues allait au pays.

    Tu ne gagnais pas trop mal!.

    Non, je gagnais bien, moi je suis venu avec un contrat de travail avec un taux de l'heure prévu et des conditions etc.

    Oui parce que mon mari, au début, en 1972, il gagnait à peine 1000 F.

    En ce temps là, les administrations ne payait pas bien non plus. Moi j'étais maçon, et encore pas au meilleur échelon, je faisais des heures supplémentaires aussi. Après j'ai donné de l'argent à mon père pour des faire des travaux, remettre leur maison en état, et il l'a fait, il aussi acheté une ou deux vaches, et un jour j'ai fait une lettre où j'ai dis que tout ce que j'avais donné, vous en faites ce que vous voulez mais moi vous ne me verrez plus.

    Et pourquoi?

    Tout ca pour une femme!

    Quand ils ont su que je m'étais mis en ménage ici, ils ont tout fait pour «me ramener à la raison»!.

    La bas ils croyaient que les femmes française étaient toutes des trainées, j'aurai dû faire venir la portugaise qui m'était promise, alors grosses disputes par lettre et j'ai tout envoyé balader et je n'ai plus envoyé de sous. C'est comme ca qu'on est resté fâchés de nombreuses années.

     

    Donc, quand tu es parti pour la France, tu n'avais pas une promise?. 0 L 2 (2)

    Oui, une très belle fille, elle s’est mariée bien sur, tiens!, avec le seul gars avec lequel je me suis battu, puisqu’on chassait sur le même terrain et j'ai rompu avec, il a eu la voie libre.

    Et vous vous écriviez?.

    Bien sur oui beaucoup mais tout à brûler, moi je les avais gardées mais quand ma femme les a découvertes, elle les a brûlées.

    Et tu l'a aimée celle là?.

    Mais on s'était à peine touché la main c’est tout. Attention deux frères curés, un père très pieu. Il me laissait faire parce que j’étais sérieux.

    Et les lettres, elles étaient enflammées?.

    Ben aussi oui, en plus ici je me suis retrouvé avec un oncle à elle, tu sais à 17 ans c’est pas pareil.

    Alors quand tu as eu l'autre, tu as écris une lettre de rupture?.

    Tout à fait, je lui ai dit que j’avais trouvé quelqu'un.

    Bourreau de cœur!.

    Non, dis pas ça et pratiquement à chaque lettre, elle me disait que j’allais pas revenir. Je n'ai cherché que quand j’avais besoin, je me suis retrouvé seul ici sans personne, en 1960 ou 1961. Alors, je me suis marié, mon fils a assisté à notre mariage le 31 mai 1966.

    A suivre (112)...

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  • Commentaires

    11
    Samedi 21 Janvier 2012 à 18:52
    Bon week end Petite Jeanne
    Ici il sera printanier.
    10
    Dimanche 15 Janvier 2012 à 16:29
    bonjour ma douce ça va??? bon dimanche bizzzzzzzzzzzzzzz
    9
    Samedi 14 Janvier 2012 à 16:03
    Bonjour Petite Jeanne

    Un p'tit passage pour te souhaiter un bon week end, déjà bien entamé.
    Ça fait drôle de lire en "francs" !
    Bonne fin de journée.

    Gros bisous.

    Marishka
    8
    Samedi 14 Janvier 2012 à 09:11
    Passes un bon week end Petite Jeanne
    Pour le moment le temps est un peu à la grisaille
    7
    Vendredi 13 Janvier 2012 à 19:27
    Merci pour ce témoignage de la vie autrefois. Je reviendrai lire la suite avec grand plaisir. Bisous
    6
    Jeudi 12 Janvier 2012 à 08:25
    super bien raconté !!! ça me rappelle un peu le vie de mon père émigré italien !! je regardais tes voyages , chine , tyrol, bruges , on a fait tout ça aussi !!! bises, bonne journée, papé
    5
    Mardi 10 Janvier 2012 à 15:36
    L'histoire est toujours intéressante.
    1000 francs c'était vraiment peu !
    Bonne journée Petite Jeanne
    4
    Mardi 10 Janvier 2012 à 07:40
    Il me semble que maintenant nous arrivons à un moment qui ressemble plus à ce qu'ont vécu des jeunes gens de chez nous à la campagne !
    Il n'a pas toujours eu la vie facile !
    Bonne semaine, bise
    3
    Lundi 9 Janvier 2012 à 14:27
    et ben ? quelle histoire !
    vivement la suite ...
    bses a bientôt !
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    2
    Lundi 9 Janvier 2012 à 10:50
    Je passe
    Je lis
    Je reste muette sur cette vie pas banale , qui évoque des souvenirs aussi pour moi à cette époque là ..
    Bonne semaine .
    1
    Lundi 9 Janvier 2012 à 09:04
    Je continue à lire même si je ne mets pas de com à chaque fois... ces récits de tranches de vie sont précieux... les temps ont tellement changé aujourd'hui dans nos pays "civilisés" ! En tout cas, pour moi c'est un monde totalement différent au mien que tu racontes là... un beau témoignage d'une vie, même si celle-ci n'était pas rose bien souvent ! Bizh Petite Jeanne.
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